Psychologie chinoise Yang Shen et points d’acupuncture*
« Avec
l'aide de la médecine traditionnelle chinoise et particulièrement de
l'acupuncture, j'ai pu constater comme certains autres praticiens tels
Hammer et Smith (Hammer, L. 1990, p.18, Smith M. 1997) et comme des
collègues acupuncteurs, que les traitements d'acupuncture dégagent les
tensions musculaires, les stress et, par le fait même, la rigidité
physique, émotionnelle et mentale ce qui facilite, engendre et accélère
l'émergence de la conscience. Ces prises de conscience entraînent des
modifications de comportements indésirables, supportent physiquement et
émotionnellement les patients et les aident à poursuivre leur thérapie
avec une conscience élargie, nécessaire pour évacuer ou transformer les
émotions et les pensées négatives en positif et changer d’attitude.
L'acupuncture facilite la relaxation musculaire et nerveuse, donc libère
rapidement les muscles, les tendons, les nerfs et les
organes-entrailles, les vaisseaux sanguins et, par le fait même, les
émotions, les pensées, les mémoires, les images douloureuses et les
rêves enfouis dans le corps, lieu de l'inconscient. L’auteure a souvent
constaté qu'avec l'acupuncture, les changements sont rapides et les «
patterns » de comportements sont modifiés facilement et de façon durable
et souvent sans autre intervention. Dans les dépressions, piquer les
points de la dépression adéquats entraîne une diminution des symptômes.
Les recherches démontrent que les traitements de la dépression par
acupuncture obtiennent 45% de succès comme avec la psychothérapie et la
médication, mais en moins de temps et avec moins de souffrance, et avec
un taux de récidive équivalent, soit de 25%. De plus l’acupuncture
permets le traitement des symptômes personnels. (Pin Down Depression,
Psychology Today, sept/oct 1999, p. 28)
La médecine traditionnelle chinoise a reconnu depuis longtemps que le
somatique et le psychique sont indissociables et retentissent l'un sur
l'autre en permanence par l'énergie. Donc en rétablissant l'équilibre de
l'énergie, les symptômes physiques et psychiques s’atténuent et
disparaissent. En augmentant la force énergétique en augmentant la
pression interne du Chi (Qi) toutes les dimensions de l’être sont liées.
Souvent, les clients qui viennent consulter pour des douleurs, des
problèmes physiques s'ouvrent à leurs sensations et pensées profondes
encore imprimées ou inconnues sans plus, dans un « insight », une
catharsis. Une patiente m’a dit : « Après le TMT, j'ai eu un flash, j'ai
revécu une émotion-sensation enfouie et pénible : J'ai senti le froid et
la solitude de l'enfant qui gèle dans son lit, car ma mère alcoolique
n'était pas en état de répondre ». Grâce à l'introduction des aiguilles
qui induit la détente, la personne devient plus consciente des stress et
des tensions qu'elle a dans son corps, comment elle les a créées ou
accentuées avec ses pensées et ses actions, des résistances à se sentir
bien et comment elle se met dans un état de malaise. La personne peut
alors y remédier. La vie revient dans tout le corps, donc la personne
devient plus sensible à la nourriture, aux sons, à l'air, à l'ambiance
émotionnelle ; cela la rend apte à mieux s'occuper d'elle-même et à se
guérir, et à utiliser ses ressources intérieures et les moyens mis à sa
disposition.
Les patients rapportent rapidement un sentiment de vitalité,
d'équilibre, d'énergie pour faire face aux difficultés de la vie.
L'acupuncture a aussi des effets rapides chez ceux qui fonctionnent par
les mécanismes de déni, qui sont moins conscients ou qui s’expriment par
des manifestations émotives aiguës : panique, drogue, alcool. La
personnalité « toxique » devient plus « nutritive » et accepte plus
facilement l'aide thérapeutique et s'implique plus rapidement dans un
suivi. La racine de vie est alors activée, ce qui permet de mettre en
branle la quintessence (l’essence des cinq organes), la vitalité
profonde du Jing ; les émotions se transforment, la respiration devient
plus profonde, la nourriture s’assimile mieux et donnent plus de Qi ou
d’énergie ; le cœur-mental devient plus conscient et équilibré et le
Shen ou l’aspect spirituel se manifeste dans une vision plus claire.
Nous pouvons aussi constater l'importance d'associer les points
d'acupuncture à diverses thérapies, particulièrement dans les cas de
dépendance aux drogues. Les points des oreilles accomplissent
simultanément un travail de fond et réactivent les fonctions vitales du
système nerveux sympathique, du mental, du foie, des poumons et des
reins. Ces cinq points des oreilles ont été utilisés avec succès dans un
programme de désintoxication à New York. Même si seulement ces cinq
points ont été piqués chaque jour durant une demi-heure, sans aucune
autre intervention, les résultats ont été très positifs : les personnes
ont commencé à demander de l’aide, à avoir de l’appétit, à recommencer à
s’alimenter, à vouloir rencontrer quelqu’un pour recevoir de l’aide.
Pour en savoir davantage, vous pouvez consulter le livre de Ellinor R.
Mitchell (Mitchell E. R. 1995). (Tremblay, N., 2004, p. 212).
La psychologie chinoise Yang Shen et la médecine chinoise
La psychologie et la médecine chinoise reconnaissent le rôle du client
et sa responsabilité dans la participation à sa guérison d’où les
pratiques qui lui sont enseignées : Chi Kung (Qi Gong), méditation,
changements alimentaires.
La médecine traditionnelle chinoise n'est pas séparée de la psychologie,
qui porte comme nom Yang Sheng ou psychothérapie traditionnelle
chinoise. Cette psychologie est basée sur les San Jiao (trois trésors) :
Jing (vitalité) – Qi (énergie) – Shen Cœur-mental), appelés aussi les
trois TanTien qui mettent en action et en union les aspects
somatopsychiques (Guan Neng Bing) et psychosomatiques (Xin Li Bing). Le
soma est Yin, le psychologique est Yang.
Le Shen c'est le sexe, le cœur et le mental réunis dans la conscience.
Le Tchang Shi Lei King dit : « Le Shen provient du Jing et du Qi. Si
nous pouvons maîtriser le Jing et le Qi, c'est que le Shen réside dans
notre cœur. » (Nguyen, Van Nghi, 1984, p. 82).
Dans la tradition chinoise millénaire, le premier acte thérapeutique
consistait à l'ouverture du cœur dans la discussion avec le patient. «
L'écoute » de celui-ci nécessite de se mettre sur sa longueur d'onde
pour lui permettre de « dire », « d'être entendu », « compris » et «
ressenti ». Le patient connaît ses émotions et ses symptômes et peut les
décrire, s’il est écouté. Les traitements du Shen agissent sur les
désirs, les émotions, les pensées et l'ouverture spirituelle. Le
deuxième acte thérapeutique est l’observation de la personne : son
teint, l’éclat des yeux, le son de la voix, son attitude, sa langue et
de voir de quel type énergétique ou constitution est la personne. Les
traitements du Qi (énergie) se font surtout par le massage, par les
aiguilles, la pharmacopée et l’alimentation. Les organes des sens
(yeux-oreilles) sont rattachés aux maladies mentales, la bouche et le
nez aux maladies alimentaires, mais pour la médecine traditionnelle
chinoise (MTC), la première cause des maladies internes vient des
émotions générées dans les organes internes.
La psychologie chinoise utilise plusieurs moyens thérapeutiques : la
rééducation du cœur, la rééducation de la conscience, l'action sur
l'inconscient, la relaxation, le Qi Gong interne et externe, la
méditation, les rêves, la musique, la prévention. Nous exposons ici
quelques techniques préventives par la méditation et la respiration.
La prévention de la maladie par la prévention des déséquilibres
physiques, émotifs et mentaux sont à la base de la psychothérapie
chinoise (Yang Sheng). Les principales méthodes préventives sont les
suivantes :
- Garder le cœur ouvert par la joie qui diffuse l'énergie dans tout le
corps et enlève les tensions.
- Tourner l'esprit vers l'intérieur par la méditation avec le sourire.
- S'entraîner au sourire qui vient du cœur, manifester la joie qui vient
du cœur, penser à des choses agréables.
LE
SOURIRE EST UN TRANSFORMATEUR :
« SOURIEZ À LA TRISTESSE, SOURIEZ À LA DOULEUR. LE SOURIRE A UN POUVOIR
CRÉATEUR » .
- Voir les deux aspects de toute chose, le bon et le mauvais, mais le
bon d'abord.
- Cultiver l'admiration et le contentement en appréciant les petites
choses, multiplier la conscience des choses agréables.
- Utiliser ce qui est plutôt que de vouloir autre chose ou l'idéal.
- Avoir des occupations désintéressées, faire des choses que l'on aime
et se consacrer à des activités créatrices.
- Avoir des amis et leur dire ce que l'on a sur le cœur, comme si
c'était une deuxième famille.
- Ne pas oublier que le corps s'en va vers le bas et que l'esprit s'en
va vers le haut, sa voie, le Tao.
Le Tao ajoute que le travail spirituel consiste à réunir les sept âmes
Po (le corps) et les trois âmes Hun (l’esprit) et retourner à la
lumière, vers le haut sans passer par la mort ou la séparation du Hun et
du Po.
La psychothérapie traditionnelle chinoise ou Yang Sheng et la méditation
taoïste servent aussi à activer, à équilibrer le Shen et aussi à réunir
et équilibrer le cœur et les reins (axe Shao Yin). Garder l'axe du Cœur
(Feu) et des Reins (Eau) en équilibre, c'est la voie de l'équilibre du
Shen (Cœur-Mental).
Dans notre culture nous connaissons aussi l’importance du sourire comme
le démontre cette opérette
« Le pays du sourire »
« Toujours sourire, le cœur douloureux
Et sembler rire du sort malheureux,
C’est notre loi, toujours sourire,
Notre regard discret, garde son secret… »
La
méditation.
Dans le livre « Le monde du Tao » cette notion du sourire et de la joie
est aussi exprimée dans l’art et la méditation. « Lorsque le naturel et
le spirituel se fusionnent, l’innocence et la joie se manifestent et la
conscience intuitive agit. » « La plupart des grands poètes et des
grands médecins chinois connaissait bien l’art de la méditation. » « La
pureté et la joie sont le fruit de la méditation. »
« L’illumination, c’est voir les fleurs comme les fleurs et avoir
conscience du rythme spirituel qui se trouve en elles. »
Le moi, c’est l’apparence, c’est l’aspect matériel visible, la matière
et la forme que prend la lumière, la réalité sans forme, la réalité
cachée, le non-moi. (Tremblay, Nicole, 2004, p. 158 à 173).
Le Tao a pour but la libération du corps et de la servitude des sens par
l’identification à l’infini. Le Tao a pour but la respiration sans
souffle pour réunir l’essence (Jing) le souffle (Qi) et l’Esprit (Shen),
par la méthode de la respiration contrôlé.
Le Shen c’est la conscience ordinaire et la conscience spirituelle. La
conscience ordinaire est le produit des sens, des perceptions, des
pensées, des sentiments, elle est acquise à la naissance (Ciel
Postérieur). La conscience spirituelle est révélée par la méditation,
c’est la conscience antérieure à la naissance (Ciel Antérieur),
(Tremblay, Nicole, 2004, p. 129-132).
La méditation taoïste comporte plusieurs exercices de
respiration-concentration dont l'exercice primordial est celui qui
réunit par l'énergie les points du vaisseau gouverneur (VG) et du
vaisseau conception (VC) dans une boucle sans fin pour balancer et
équilibrer le Yin et le Yang de tout le corps. C’est la respiration
continue ou l’air sans fin dans l’Orbite Microcosmique.
Cette méditation est aussi considérée comme l'art de guérir les « cent
maladies ».
Cette pratique de méditation est rapportée dans plusieurs livres
spirituels et même médicaux, et ce depuis au moins deux siècles avant
J.-C., sous la dynastie des Han.
Un maître taoïste contemporain, Mantak Chia a expliqué plus en détails
cette pratique qu'il nomme « Orbite Microcosmique » dans un livre
intitulé « Énergie vitale et autoguérison » en rendant plus accessible
aux Occidentaux les explications ésotériques et symboliques anciennes
(voir Chia M. 1984). Il décrit les seize principaux points énergétiques
en indiquant leurs manifestations énergétiques (émotives et mentales)
selon la présence (ouverture) ou l'absence (fermeture) d'énergie dans
ces points. Mais ceci demeure la voie externe (voie Wai), la voie des
livres. Le véritable enseignement, la voie interne (voie Nei) est celle
du maître. Concernant l’Orbite Microcosmique, cette voie interne
consiste à enseigner les secrets de la respiration rythmée sans
expiration externe. C’est la pratique qui facilite la compréhension pour
un Occidental des textes spirituels et de certains textes médicaux
chinois. »
Extrait du texte de la conférence, Paris, mai 2007, p. 4 à 7
Nicole Tremblay, Ph.D., Acu. copyright 17-01-08
© 2007 Nicole Tremblay